Plumes et paillettes

09/07/2021
Par JeSuisGouine

L’orientation sexuelle ne se lit pas sur le visage de quelqu’un.e. Ni sur ses vêtements.

Ce n’est pas un scoop.

Et pourtant, aujourd’hui encore, la diversité des lesbiennes me surprend. Sur insta ou dans la vraie vie, il m’arrive de voir une personne sexisée déclarant son amour pour les femmes et de me dire : « ah ouais ? j’aurais pas dit ».

Ce qui est aberrant.

Cette réaction montre que, tout au fond de moi, je crois que les lesbiennes sont censées se ressembler. Qu’elles devraient partager une espèce de signe d’appartenance, que ce soit les petites mains ou les cheveux courts ou n’importe quel autre truc stupide du même genre.

Non seulement c’est faux, mais surtout c’est préjudiciable à une exploration plus souple et plus fluide de nos sexualités.

Car je me souviens que, lorsque j’ai commencé à laisser affleurer mon attirance pour les femmes,  l’idée que les lesbiennes étaient forcément toutes [insérer ici n’importe quel cliché] me stressait pas mal, à un double titre : ni moi, ni les meufs qui m’attiraient ne correspondions au stéréotype de « la lesbienne »TM tel que représenté dans la culture mainstream (à savoir une meuf aux cheveux courts en chemise à carreau passionnée par le vélo, le foot et le bricolage).

J’ai eu l’impression que pour appartenir, j’allais devoir me conformer.

En un sens, c’était presque rassurant : après dix ans à jouer la meuf hétéra, il me suffisait d’endosser un autre costume et de réciter un autre rôle. Fastoche. Faire semblant, c’était ma spécialité.

En un autre sens, c’était totalement déprimant. Je sortais d’une norme pour me faire attraper par une autre.

Et j’ai l’impression que c’est une étape assez commune dans la vie de pas mal de gouines : se construire une légitimité par un travail sur l’apparence, quitte à forcer un peu le trait pour se rassurer.

Qu’on ait besoin – dans certains contextes – de signes distinctifs pour se reconnaître, c’est une chose.

Croire que toutes les personnes partageant une orientation sexuelle devraient nécessairement se ressembler, et en faire une norme, c’est autre chose et c’est là que le bât blesse.

Ma surprise face à la diversité gouine est donc idiote, mais elle est aussi assez salvatrice : elle me rappelle à l’ordre.

Elle me dit et me répète qu’il y a toutes sortes de lesbiennes, de gouin.e.s et de femmes attirées par les femmes.

Ce qui veut dire qu’il y a de la place pour nous toustes.

Ce qui veut dire qu’il y a de la place pour moi, avec mes aspérités, mes contradictions, mes doutes… Et mon goût pour les paillettes, les plumes et l’imprimé léopard.

Quel que soit notre corps et quels que soient nos goûts : nous sommes légitimes, mes adelphes.

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