Les blagues homophobes

12/02/2020
Par JeSuisGouine

Cher ami hétéro,

Le problème avec tes blagues homophobes, ce n’est pas qu’elles me blessent.

Oui, tes blagues homophobes me font du mal. Oui, je me passe et me repasse le film et me demande ce que j’aurais pu dire. Ce que j’aurais dû répliquer. Oui, ça pique et ça secoue à l’intérieur, dans le ventre – comme une envie de vomir et de pleurer.

Mais le problème n’est pas là. Le problème, ce n’est pas ma sensibilité. Si une autre gouine peut t’écouter sans avoir envie de hurler, tant mieux pour elle – ça ne change rien à la question.

Le problème c’est qu’en faisant des plaisanteries qui reposent sur le mépris pour des groupes minorisés, tu renforces ce mépris en toi et dans les autres qui t’écoutent et qui ricanent de concert.

Selon toi, pourquoi peux-tu tranquillement jouer à détester les pédés, quand une femme lesbienne qui annonce qu’elle n’a juste plus envie de lire les œuvres des hommes se fait ostraciser et agonir d’injures ?

Le rire n’est pas « neutre ». L’adjectif « humoristique » n’est pas une baguette magique transformant un propos haineux en discours acceptable.

Oui, on peut rire de tout. Evidemment.

Mais se moquer des groupes minorisés nécessite beaucoup de doigté, une grosse dose de talent et une fine connaissance de leurs réalités.

Et dans ton cas, cher ami hétéro, le compte n’y est pas.

Peut-être aussi que tu as l’impression, quand tu te moques des « gouines camionneuses », de transgresser un interdit et que ça t’excite ?

Désolée pour la mauvaise nouvelle : ce n’est qu’une impression. Il n’y a vraiment aucune subversion à se moquer des femmes, des Arabes, des trans des gouines et des pédés.

Tout le monde le fait. Tout le temps. Sur tous les tons.

Si tu as tellement envie d’être subversif, combats avec nous. Si ça te tient tellement à cœur d’aller contre le courant dominant, lutte contre la misogynie et le racisme ambiants.

C’est là que se situe la vraie transgression. Et elle se paie cher.

Tu n’en as pas le courage ? OK.

A défaut de prendre le risque de l’engagement, tu peux déjà cesser de propager des haines rances.

Qu’elles soient accompagnées, ou pas, de ricanements.

Avec tendresse,

Ton amie gouine

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