La belle promesse

11/09/2020
Par JeSuisGouine

Quelques semaines de silence depuis mon dernier texte. Les premières depuis le lancement du projet. Pour toi sans doute ce début de disparition est passé inaperçu – noyé dans le flot permanent d’images de sons de mots que charrient les réseaux sociaux et dans lequel nous venons nous baigner et parfois nous noyer.

Pour moi ce silence n’est pas incident. Ce silence a une consistance. Lourde, épaisse – ces quelques semaines de silence : gluantes.

Et je ne pouvais pas imaginer de reprendre la parole sans dire d’abord que j’ai peur.

J’ai peur et ma voix dans ma gorge s’étrangle.

J’air peur parce que je sens, autour de moi, se resserrer l’étau des appels guerriers, des cris lancés pour se préparer au combat. J’ai peur parce que je sens, autour de moi, frémir l’exaltation des bottes qui marchent au pas.

Et au fur et  mesure que croît la haine croît la tentation du repli. Parce que je suis privilégiée, je pourrais je peux choisir de détourner le regard.

J’ai peur parce que que je sens, à l’intérieur de moi, se resserrer l’étau des appels au sommeil, au « self-care », au métronome yoga-boulot-dodo. J’ai peur parce que je sens, à l’intérieur de moi, frémir la paix du silence complice, la grande paix laide du renoncement et de la désertion.

Il suffirait de me taire. Il suffirait de hausser les épaules. Il suffirait de laisser couler les jours et de veiller à m’absorber dans le défilé quotidien des petites obligations, des discussions anodines.

Alors quoi faire ?

Je refuse de m’enfouir sous la couette et je refuse d’enfiler à mon tour l’attirail du combat.

Le militantisme de la rage ne m’intéresse pas. Il est mené, et avec talent, par tant d’autres. Ma place n’est pas là.

Tu es libre de me trouver lâche.

Mais je ne sais pas être malhonnête, avoir voici la vérité : j’aspire au plaisir ; j’aspire à la douceur. J’aspire à la joie. Et je ne la trouve pas dans l’affrontement, ni dans la colère.

Si j’admire les amazones rugissantes, j’avoue avec humilité ne pas pouvoir les suivre dans leur chevauchée.

– et j’annonce crânement que j’ai moi d’autres terrains à occuper. D’autres espaces à inventer.

Les jardins suspendus du réconfort et de la tendresse.

Oui, à l’heure où le radeau tangue de toutes parts, je voudrais nous faire la promesse, la belle promesse du réconfort et de la tendresse.

Et j’avais besoin que tu saches que je reprends la parole depuis cette promesse-là.

Si tu veux entendre résonner le cri d’une guerrière : tu n’es pas au bon endroit.

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