Inclusion

10/15/2020
Par JeSuisGouine

Dans la panique des féministes transphobes qui gueulent à qui veut l’entendre que « les meufs trans volent le combat féministe », j’entends une chose qui me paraît vraie : aujourd’hui, les luttes féministes sont gorgées de transidentités.

Là où ça bat, là où ça frémit, là où ça bouillonne : c’est trans.

Je veux dire par là : le moteur du combat, ce qui nourrit et enclenche l’explosion, ce qui continue de faire avancer la réflexion, ce ne sont certainement pas les femmes cis. Ce sont nos adelphes trans et non-binaires, et singulièrement nos sœurs trans. Si la camisole du genre craque de tous les côtés, si la domination patriarcale – sans s’adoucir – devient chaque jour plus intolérable, ce n’est pas aux femmes cis qu’on le doit, et certainement pas aux femmes cis blanches, et encore moins aux femmes cis blanches bourgeoises.

Ce qu’on fait de mieux à ce stade, nous les meufs cis blanches et bourges, c’est comprendre ce qui se passe et tirer le trait – prolonger et accompagner la tendance. Ce qu’on fait de mieux, c’est soutenir nos adelphes trans quand ielles sont fatiguéexs, et Dieu sait qu’il y a dans le cissexisme de quoi épuiser la plus combative d’entre nous.

Nous les meufs cis blanches et bourges, on peut sans doute accélérer le mouvement. On ne le provoque pas.

L’aveu qui fait mal : je comprends, pour une part, l’angoisse de ne plus reconnaître son identité politique comme le cœur d’une lutte à laquelle on est profondément, intimement attachée.

Oui, je dois avouer qu’en tant que femme blanche, cisgenre et bourgeoise, ne m’est pas totalement étrangère la crispation des TERFs.  La façon dont, par dépit absolu de ne pas occuper la première place, de ne plus se voir réservé le devant de la scène, elles  choisissent de faire sécession.

Quand elles tiennent des propos transphobes, ce qu’elles disent c’est : nous préférons renoncer au féminisme que de renoncer à notre parcelle de domination.

Leurs mots tuent et notre inaction tue aussi.

Mais ne nous y trompons pas : les personnes que les transphobes et leurs soutiens silencieux excluent réellement du mouvement de transformation politique en cours, c’est elles-mêmes.

Je crois donc qu’une erreur monumentale est commise quand on pose les termes du débat, entre meufs cis et personnes trans, sur le terrain de « l’inclusion » des dernières par les premières.

La question n’est absolument pas de savoir si nous, meufs cis, on va accepter d’inclure dans la lutte nos adelphes trans (merci de mettre beaucoup de guillemets autour de chaque mot entre « on » et « inclure »). Il ne s’agit pas de se demander, comme je le lis souvent entre les lignes, quelle serait la taille optimale de l’enclos au sein duquel parquer les personnes transgenres et leurs combats.

Iels ne nous attendent pas pour tout faire sauter, les cocos. Malgré les violences constantes et la négation de leurs existences mêmes, ielles sont en marche.

Alors l’inclusion ne se joue pas du tout dans ce sens-là.

La question, c’est de savoir si on va saisir la main qui nous est tendue par les transféminismes.

Si on va se saisir de cette fabuleuse opportunité d’être inclues, nous les meufs cis, dans les séismes en cours.

Moi, j’aimerais vraiment sauter dans le train.  Adelphes dissident.e.xs du genre : acceptez-vous de me faire une place ?

Dont je sais qu’elle devra être payée. Et d’autres choses que de jolis mots.

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