Ce rêve

09/11/2020
Par Invité.e

Depuis toute petite, je me pensais attirée par les garçons. J’avais toujours eu des crushs sur des garçons. J’imaginais mon mariage avec un homme.

J’étais déjà sortie avec plusieurs garçons mais à chaque fois je sentais qu’il y avait quelque chose qui clochait, je n’arrivais pas à m’attacher et à tomber amoureuse d’eux. Je les quittais donc assez rapidement.

Une nuit, j’ai fait ce rêve. Ce rêve où je me voyais en couple avec une fille et où je l’assumais pleinement devant les autres. Ce rêve où je me sentais bien, j’étais moi-même.

J’ai eu du mal à admettre la vérité.

J’y ai réfléchi, j’y pensais tout le temps. Et je me suis rendu compte que j’avais déjà ressenti des sentiments pour des filles, alors je me suis définie comme bisexuelle dans un premier temps.

C’est une fois que j’ai réalisé que j’aimais les filles que je suis revenue en arrière, sur mes relations avec les garçons, et que j’ai réalisé que ce n’était pas pour moi. J’ai eu un déclic : je n’ai jamais aimé les hommes, je ne faisais que faire ce que la société exige d’une femme – c’est-à-dire se mettre avec un homme.

Quand je me demande de quel sexe serait la personne avec laquelle j’ai envie d’être dans le futur, c’est une femme. Alors maintenant je projette la même chose, les mêmes rêves, mais avec une fille.

C’est un peu triste de ne pas encore avoir eu de copine mais ça viendra. Je n’ai pas besoin de la validation d’une relation pour me sentir lesbienne. Un garçon n’hésite pas à se dire hétéro avant même d’avoir une relation avec une fille, donc pourquoi pas dans l’autre sens ? On peut se dire lesbienne avant de l’avoir vécu.

Quand je l’ai annoncé à ma mère, elle était dans le déni : « c’est parce que tu n’as pas trouvé la bonne personne ». Je me sens beaucoup mieux depuis que je le lui ai dit, je n’aime pas me cacher. Je l’ai dit à ma tante aussi. Elle a plutôt bien réagi. « Tu aimes qui tu veux, l’important c’est que tu sois heureuse », ce genre de discours – même si par ailleurs mon grand-père était assez homophobe. Il est un peu plus ouvert depuis qu’une personne dans ma famille a assumé son homosexualité, un cousin qui s’est déclaré gay.

Moi, je n’ai pas encore vécu de discrimination, mais ça ne m’empêche pas d’avoir des convictions et d’en parler. D’ailleurs, avant même de découvrir que j’étais lesbienne, j’étais déjà 100% à fond pour les combats politiques LGBT. J’étais déjà très féministe ; je prenais la défense des LGBT dans les discussions.

Ça n’a fait que se renforcer.

J’en parle autour de moi, par exemple concernant l’écriture inclusive, mais ma  mère ne comprend pas. Elle n’a pas changé d’avis. J’ai aussi soulevé le sujet des morinoms pour les personnes transgenres et ma famille ne comprend pas non plus. J’essaie d’éduquer ma mère mais on part vraiment de loin : ce ne sont pas du tout les mêmes façons de penser.

Avec mes amies c’est plus facile, elles m’ont tout de suite soutenue quand je leur ai annoncé. J’avais un peu peur, sans raison précise parce que je les sais ouvertes – mais tout s’est bien passé.

En revanche, je n’ai discuté avec personne de mes doutes, au moment où je me demandais si j’étais lesbienne ou pas : je préférais tout garder pour moi, le temps que je trouve la réponse.

Maintenant, ça me manque un peu de ne pas avoir d’amies lesbiennes, parce que j’aimerais bien échanger avec des filles qui ont vécu la même chose que moi. J’aimerais aussi parler de la première fois avec une fille, savoir comment ça se passe ; je ne suis pas très bien entourée pour discuter de ça.

Après tout, en cours de SVT, on apprend la reproduction humaine entre un garçon et une fille. De façon générale, il y a très peu d’ouvrages qui parlent de sexualité non hétéro, qui soient vraiment inclusifs pour les gouines ou les personnes transgenres.

C’est un peu difficile de rencontrer des filles : j’habite à la campagne et pour faire des rencontres, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux, on est invisibilisées.

Alors je me suis inscrite sur pas mal de groupes, comme le coin des lgbt. Il n’y a pas longtemps, il y a eu un post pour parler de ce que c’était d’être lesbienne et j’ai pu connaître d’autres filles comme ça.

Je suis aussi beaucoup de chanteuses lesbiennes, genre Hayley Kioyko. C’est plutôt à travers des productions culturelles que je suis en lien avec d’autres lesbiennes.

Mais même ça, c’est difficile.

À la médiathèque, je n’ai trouvé aucun livre qui parle de romance non hétéro. À la bibliothèque non plus. Il y a que sur Wattpad que j’ai trouvé des romances entre filles.

Ça manque aussi dans les films. C’est introuvable. Je voulais regarder The L Word, censé être la bible lesbienne, et c’est introuvable sur Netflix.  Le seul truc facile à trouver, c’est Orange is the new black. Mais deux lesbiennes dont je suis la chaîne Youtube disaient que ce n’était pas du tout représentatif de la réalité…

Je voudrais qu’une lesbienne écrive quelque chose sur des lesbiennes, que ce soit réaliste. On a besoin de représentations crédibles.

Mise à jour : entre notre entretien (août 2020) et la parution de ce témoignage (septembre 2020), Nutsy a rencontré une fille avec laquelle elle est actuellement en couple. Elle s’est fait une amie lesbienne et une de ses amies a fait son coming-out.

D'autres textes :

Pas une alliée

Je ne suis « l’alliée » de personne. Et je ne demande à personne d’être mon allié.e. Pourtant je sais bien que le concept d’allié présente un attrait indéniable, à la fois pour les personnes concernées et pour les autres. Il désigne, en gros, les gen.te.s qui ne sont...

read more

La table des hommes

J’ai essayé pendant longtemps de me tailler une place à la table des hommes. Je pensais que c’était ça, le féminisme. Obliger les hommes à se pousser un peu. Les convaincre de refermer leurs jambes et de resserrer leurs coudes pour nous laisser les rejoindre. Oh, pas...

read more

Injuste

Ma grand-mère a passé les dernières années de sa vie dans un EHPAD. Une maison de retraite sans trop de moyens, où un personnel débordé faisait ce qu’il pouvait sans parvenir à empêcher qu’une épaisse odeur d’urine imprègne les lieux. L’attitude de ma grand-mère à...

read more