Vite

08/17/2020
Par Invité.e

Tout s’est passé très vite pour moi. Peut-être trop vite.

Comme beaucoup de personnes, je me pensais hétéro – je suis d’ailleurs sortie avec un mec en novembre, sans qu’il y ait de sentiment – mais je me posais de plus en plus de questions.

Vers janvier-février, j’ai remarqué que mes sentiments envers une amie avaient changé. Au début, je ne comprenais pas exactement en quoi mais je me suis finalement rendu compte qu’elle m’attirait et, après deux semaines de réflexion, je le lui ai dit.

Ce n’était pas si facile… J’avais peur du rejet. Mais je suis très pressée dans la vie en général, impatiente de caractère : je voulais que ça se termine au plus vite.

Elle m’a acceptée mais ne m’aimait pas en retour.

C’est resté comme ça quatre mois, on se parlait de temps en temps, comme avant mon coming out. Et puis, il y a quelques jours, elle m’a dit à son tour qu’elle était bi. J’ai pensé que j’aurais peut-être une chance et non : elle aime quelqu’un d’autre. Tant pis.

À la suite de ça, j’ai dit à ma mère assez rapidement que j’aimais les filles et elle en a très vite parlé à mon père et à mon beau-père.

Je ne trouve pas ça normal qu’elle leur ait annoncé comme ça. Ce n’est pas un problème qu’ils m’acceptent ou pas, mais c’était à moi de leur dire. D’ailleurs, mon père ne sait pas que je sais qu’il sait.

Je n’ai pas de problème avec le fait d’être lesbienne ou pas, et les gens autour de moi non plus.

Pourtant, cela fait quelques semaines que je me pose encore plus de questions. Peut-être que je me suis trop précipitée, que j’ai voulu aller trop vite ? Je me demande si j’ai bien fait de me mettre dans la case « gouine » aussi rapidement. Je sais déjà que je serai pas hétéro mais je serai peut-être bi, ou bien pan … Je ne sais pas trop pour l’instant.

Je suis limite dans le regret de m’être directement mise dans une case. J’ai peur de m’être trompée, parfois j’ai l’impression de m’être menti à moi-même.

J’ai treize ans et on me dit souvent que c’est jeune pour se poser toutes ces questions. C’est vrai que la plupart de mes amis, que j’ai rencontrés sur Discord, sont un peu plus âgés. Mais je connais aussi une fille qui a dix ans et se définit déjà comme pansexuelle, alors…

Je sens une pression pour me définir, qui vient un peu de moi, et aussi peut-être d’un de mes amis, un garçon qui me pose plein de questions. Il me demande si je pense que je pourrais sortir avec un mec, il insiste et insiste.

Ça me fait vraiment douter.

Je me suis toujours dit que si je me mariais, ce serait avec une femme et que si j’avais des enfants, j’adopterais ou je ferais une PMA. Je ne pense pas du tout à me marier avec un homme. En même temps, peut-être que je pourrais tomber amoureuse d’un garçon ? Je sais pas.

Je me projette pas tellement dans le futur pour l’instant. Je crois que je vais juste continuer de me poser des questions dans mon coin. J’en parle pas avec d’autres gens, je réfléchis plutôt toute seule – même si je vais peut-être rencontrer une amie lesbienne de ma mère, qui m’a proposé d’en discuter avec elle.

Ce qui est dur, ce n’est pas tellement l’avis des autres, ni d’être lesbienne – c’est de douter.

C’est l’attente que je trouve difficile.

Je voudrais savoir si j’aime les hommes, oui ou non. Et le savoir vite.

Ce texte reflète le parcours de Julie. Il a été écrit par JeSuisGouine sur la base du témoignage oral de Julie.

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