Brouillées

05/18/2020
Par JeSuisGouine

On peut de nouveau voir des gens, alors j’ai vu des gens. J’ai dansé, ri, construit quelques châteaux en Espagne 

– et dans cette mer de joie, surnagent deux îlots moyennement paradisiaques. Un ami m’a demandé si j’étais gouine « parce que je me cherchais une cause ». Un autre m’a claqué les fesses en passant, « pour rire ».

J’avais le choix entre a) me sentir mal parce que j’avais passé dix minutes à faire de la pédagogie alors que j’aspirais juste à me trémousser sur le son de Barbara Butch ou b) me sentir mal parce que j’avais continué à me trémousser.

Gagnante-gagnante, pas vrai ?

Je ne sais pas quoi faire de ca. 

Et pourtant ces deux petits faits toquent à la porte avec insistance. Ils réclament d’être racontés ; ils réclament d’être pensés.

Evidemment je pourrais écrire des lignes et des lignes sur ce que ces mots et ces gestes traduisent de lesbophobie et de misogynie. Ce serait légitime et pertinent. 

Mais je n’en ai pas envie. 

Je voudrais plutôt parler du fait que malgré ca, je compte rester amie avec ces deux hommes (parce que oui, surprise surprise, il s’agit de deux mecs cis). Je voudrais plutôt parler du fait que j’ai fait le choix de compter, parmi les gens qui m’entourent, des personnes qui ne sont pas tout à fait capables de comprendre ce que ca veut dire d’être une femme et d’être une gouine. Je voudrais plutôt parler du fait que j’ai décidé de détourner le regard parfois. 

Est-ce que ca fait de moi une mauvaise lesbienne, une féministe de pacotille – est-ce cette tolérance est l’autre nom d’une coupable complaisance ? A quel moment devient-on complice quand on s’accommode ?

Je n’en sais rien.  

Je suis tout le temps « un peu » pas respectée. A quel moment je décide que c’est trop et à quel moment je laisse passer ? L’hétérosexisme a brouillé à mes yeux les lignes du courage et de la lâcheté, de la bienveillance et de l’irrespect : il n’y a pas de bon choix pour moi, aucune évidence, et toujours il faut négocier.

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